Auprès du roi malade
Yŏm Sŭngik accompagne Ch’ungnyŏl au monastère de Ch’ŏnhyo 天孝寺 et prend part aux soins du souverain. Cet épisode consolide sa proximité avec le roi.
Koryŏsa 高麗史, k. 123, 8a–11a.
Pouvoir, dévotion et production artistique à la cour du roi Ch’ungnyŏl 忠烈王.
Haut fonctionnaire, interprète du mongol, proche du souverain et fervent bouddhiste, Yŏm Sŭngik (?–1302) constitue un observatoire privilégié des liens entre cour, monastères, restauration de stoupas, copie de soutras et commande d’images au Koryŏ.
La biographie de Yŏm Sŭngik dans l’Histoire du Koryŏ le place parmi les proches du souverain. Sa carrière prend un tournant décisif en 1277, lorsqu’il accompagne le roi Ch’ungnyŏl au monastère de Ch’ŏnhyo 天孝寺 pendant une maladie du souverain et participe à ses soins. Son rôle ne se limite pourtant pas à la cour : il devient aussi un intermédiaire entre le pouvoir royal et les institutions bouddhiques.
Yŏm Sŭngik parle le mongol et intervient comme interprète auprès des émissaires venus de Dadu. Il appartient ainsi au milieu des hauts fonctionnaires qui assurent la médiation entre le royaume du Koryŏ et la cour des Yuan. Dans le même temps, sa dévotion bouddhique se manifeste par des donations, des pratiques rituelles et des commandes artistiques.
Cette double position explique son importance : Yŏm Sŭngik ne se réduit ni à un commanditaire privé ni à sa seule fonction administrative. Il met en relation autorité royale, ressources administratives, monastères, artisans, copistes et pratiques votives.
Source principale : Koryŏsa 高麗史, k. 123, 8a–11a, biographie de Yŏm Sŭngik dans la section des « favoris » ; thèse de Bryan Sauvadet, chap. 1, § 1.1.2.2.1.
Yŏm Sŭngik accompagne Ch’ungnyŏl au monastère de Ch’ŏnhyo 天孝寺 et prend part aux soins du souverain. Cet épisode consolide sa proximité avec le roi.
Koryŏsa 高麗史, k. 123, 8a–11a.
Sa faveur royale se traduit par une promotion et par son intégration aux cercles où sont discutées les affaires du royaume.
Koryŏsa 高麗史, k. 123, 8a–11a.
Sur ordre de Ch’ungnyŏl et d’une princesse royale, Yŏm Sŭngik fait édifier un nouveau pavillon au monastère. Il agit ici comme exécutant d’une commande royale.
Koryŏsa 高麗史, k. 29, 9a–b.
Il met à disposition une de ses dépendances pour l’installation du scriptorium royal consacré à la copie de la Grande Corbeille en caractères d’or : 金字大藏寫經所, Kŭmja taejang sagyŏngso.
Ch’ungnyŏl charge Yŏm Sŭngik et Kong Yu 孔愉 de superviser des restaurations à Hyŏnhwa, Wangnyun, Namgyewŏn et dans une dépendance du monastère de Kaeguk. Vers la même période, Yŏm Sŭngik commandite le Soutra du Lotus associé au stoupa de Namgyewŏn.
Koryŏsa 高麗史, k. 29, 45a.
Yŏm Sŭngik fait réaliser une peinture d’Amitābha afin de formuler des vœux pour la famille royale, ses proches et la renaissance dans la Terre pure.
Yŏm Sŭngik accompagne le roi et la reine à Dadu, révélant sa position dans les relations entre le Koryŏ et les Yuan.
Voir également la biographie de Yŏm Sŭngik dans le Koryŏsa 高麗史, k. 123, 8a–11a.
Une matrice xylographique et ses impressions témoignent d’une autre forme de patronage : une image-textuelle reproductible, destinée à l’efficacité rituelle.
Yŏm Sŭngik accompagne de nouveau le couple royal.
Voir Koryŏsa 高麗史, k. 123, 8a–11a.
La maladie conduit Yŏm Sŭngik à se retirer des affaires politiques, sans mettre fin à son engagement religieux.
Voir la biographie de Yŏm Sŭngik dans le Koryŏsa 高麗史, k. 123, 8a–11a.
Lors de la maladie d’une princesse royale, Yŏm Sŭngik est rappelé auprès de la cour et accomplit des pratiques dévotionnelles extrêmes attestant la persistance de sa réputation de guérisseur.
Après avoir refusé de nouvelles charges, Yŏm Sŭngik rend ses titres, devient moine bouddhiste et meurt la même année.
Koryŏsa 高麗史, k. 32, 10a ; voir aussi k. 123, 8a–11a.
Les sources associent Yŏm Sŭngik à des réalisations de statuts différents. Les confondre ferait de lui le commanditaire de travaux qui relèvent en réalité de l’initiative de Ch’ungnyŏl.
Après les destructions et dégradations liées aux guerres mongoles, Ch’ungnyŏl confie à Yŏm Sŭngik et à Kong Yu une mission auprès des établissements bouddhiques de la capitale. Le parcours documenté dans la thèse relie quatre sites.
Monastère déjà lié à Yŏm Sŭngik par la commande architecturale royale de 1280.
Un des grands établissements de la capitale concernés par la restauration.
Le cas décisif : le stoupa conservé permet de relier architecture, restauration et dépôt d’un soutra.
Une dépendance du monastère figure également dans la mission rapportée par les sources utilisées dans la thèse.
Source textuelle : Koryŏsa 高麗史, k. 29, 45a. La page ne reconstruit pas artificiellement l’apparence des monuments disparus : seul Namgyewŏn est ici développé comme étude matérielle lorsque le monument et les objets associés sont documentés.
Le stoupa à sept étages provenant du site de Namgyewŏn, près de Kaesŏng, constitue le point où la biographie de Yŏm Sŭngik rejoint directement la matérialité de l’œuvre. Lors de son démontage et de son déplacement au début du XXe siècle, des rouleaux bouddhiques ont été découverts à l’intérieur.
Le monument est aujourd’hui conservé au Musée national de Corée. La découverte de rouleaux copiés à l’encre métallique sur papier indigo permet de lire le stoupa non seulement comme une architecture, mais comme un espace de dépôt.
Le stoupa matérialise la présence bouddhique dans le paysage de Kaegyŏng.
Une partie de l’architecture devient un espace inaccessible après fermeture.
Le texte n’est plus destiné à une lecture ordinaire : il devient un objet votif incorporé au monument.
Dans l’analyse développée dans la thèse, le soutra agit comme une relique et participe à la consécration du stoupa.
Le colophon identifie Yŏm Sŭngik comme commanditaire. L’association avec la restauration du stoupa de Namgyewŏn donne à l’œuvre une fonction qui dépasse la copie luxueuse : elle est pensée pour être déposée dans un dispositif de consécration.
Le premier des sept rouleaux découverts dans le stoupa 塔 de Namgyewŏn est le mieux conservé. Sur le papier teinté à l’indigo, le texte est copié à l’argent tandis que la couverture et le frontispice sont exécutés à l’or. L’image se distingue par une économie iconographique remarquable : au lieu d’une scène narrative développée, elle isole une seule figure aux traits courroucés, debout sur un trône de lotus 蓮華座 et tenant dans la main droite un grand foudre 金剛杵 (kŭmgangjŏ, vajra).
Le corps est orienté vers la gauche tandis que la tête se détourne dans le sens opposé. La musculature saillante, les pans du vêtement animés par le mouvement, la tension des bras et le motif de flammes entourant la tête donnent à la figure une présence énergique et protectrice. Cette construction visuelle ne cherche pas à raconter le contenu du soutra : elle concentre au contraire la puissance du Dharma 法 dans une image immédiatement lisible. Sur le plan stylistique, elle est très proche des figures protectrices des soutras 經 illustrés réalisés autour de 1275–1276, notamment le Soutra des mantras des transformations miraculeuses du Lasso Infaillible et le Soutra du Bodhisattva 菩薩 Mañjuśrī 文殊師利.
Cette simplicité prend tout son sens lorsque l’on considère la destination du manuscrit. Les sept rouleaux n’étaient pas destinés à rester visibles : ils furent déposés à l’intérieur du stoupa 塔 restauré en 1283. L’image doit donc être comprise moins comme un support de contemplation que comme une présence rituelle condensée et opératoire. Ce type d’objet peut être compris comme un « soutra comme relique » : le texte sacré, son image protectrice et le monument qui les enferme forment ensemble un dispositif de consécration. Cette interprétation rejoint le passage du Soutra du Lotus 妙法蓮華經 qui assimile la présence du texte à celle du corps même du Tathāgata 如來.
Le manuscrit commandité par Yŏm Sŭngik vers 1283 et découvert dans le stoupa de Namgyewŏn est conservé au Musée national de Corée.
Trois ans après la restauration de Namgyewŏn, Yŏm Sŭngik commandite une peinture d’Amitābha. Son inscription prie pour le bonheur et la longévité du roi, de la princesse et des proches de Yŏm Sŭngik, tout en réaffirmant l’espérance d’une renaissance dans la Terre pure.
Le rapprochement avec le Soutra du Lotus n’est pas seulement chronologique : la même gāthā de quatre vers apparaît dans les deux ensembles. L’écriture déposée dans le stoupa et l’image destinée à la dévotion participent ainsi d’un même horizon votif.
La Dhāraṇī du Sceau du Coffret précieux 寶篋印陀羅尼, produite sous la supervision de Yŏm Sŭngik, introduit une autre logique matérielle : non plus un exemplaire unique, mais une matrice permettant la multiplication d’impressions destinées à l’usage rituel.
L’objet associe texte, structure diagrammatique et puissance rituelle. La xylographie transforme le patronage de Yŏm Sŭngik : une même matrice peut engendrer plusieurs impressions, qui circulent ensuite dans des contextes de consécration.
Plutôt que d’isoler chaque œuvre par médium, leur succession montre comment les mêmes préoccupations — protection, longévité, mérite et salut — peuvent passer de l’écriture manuscrite à la peinture puis à l’image imprimée.
Copie votive, dépôt dans le stoupa et transformation du texte en présence reliquaire.
Une peinture dévotionnelle qui reprend le même horizon votif de renaissance dans la Terre pure.
La matrice xylographique permet la multiplication d’objets rituels sans dissocier texte et image.
La trajectoire de Yŏm Sŭngik recoupe plusieurs monastères majeurs de Kaegyŏng, mais cette page ne duplique pas la carte générale des réseaux bouddhiques de la capitale. Il en isole seulement le parcours de Yŏm Sŭngik : Ch’ŏnhyo → Hyŏnhwa → scriptorium royal → mission des stoupas → Namgyewŏn.
La dernière partie de la vie de Yŏm Sŭngik donne une cohérence supplémentaire à son patronage religieux. En 1295, il se retire des affaires politiques en raison de sa santé. Deux ans plus tard, sa réputation de guérisseur le ramène encore auprès de la famille royale. En 1302, après avoir refusé de nouvelles nominations, il abandonne ses titres et devient moine bouddhiste peu avant sa mort.
Pour la trajectoire biographique : Koryŏsa 高麗史, k. 123, 8a–11a ; pour l’année 1302 : k. 32, 10a.
La maladie interrompt la carrière politique active, mais non les pratiques religieuses de Yŏm Sŭngik.
La cour continue de solliciter Yŏm Sŭngik dans un contexte thérapeutique et rituel.
Le renoncement final aux titres de cour clôt une trajectoire où fonction politique et engagement bouddhique avaient constamment coexisté.
Yŏm Sŭngik permet de saisir l’art bouddhique au Koryŏ comme le produit d’actions coordonnées : une décision royale, une mission administrative, un monastère, un scriptorium, un objet votif et un geste rituel peuvent appartenir à une même chaîne d’action.
Sa proximité avec Ch’ungnyŏl lui donne accès aux ressources de la cour et aux grands établissements bouddhiques.
Les colophons et inscriptions montrent des préoccupations personnelles : santé, protection, mérite et renaissance en Terre pure.
Il relie architecture, manuscrit, peinture et impression sans que ces médiums aient la même fonction ni le même statut de commande.
Le texte et la structure interprétative reposent d’abord sur les chapitres de thèse consacrés à Yŏm Sŭngik, au Soutra du Lotus de Namgyewŏn et aux productions bouddhiques du règne de Ch’ungnyŏl. Les éléments factuels ont été recoupés avec les sources primaires et la bibliographie récente.