Détail de l’image de l’exposition : Avalokiteśvara, figure centrale de うるわしき祈りの美.
Compte rendu d’exposition · Art bouddhique coréen · Koryŏ et Chosŏn · XIe–XVIe siècles
うるわしき祈りの美
La beauté de la prière — Art bouddhique des périodes Koryŏ et Chosŏn Kyushu National Museum · Dazaifu
Dates de l’exposition
5 septembre — 15 octobre 2023
Musée
Kyushu National Museum 九州国立博物館
Ville
Dazaifu · Fukuoka · Japon
Lieu
Salles 9 et 11 · Galerie des échanges culturels
Période couverte
XIe — XVIe siècle
Type
Exposition-dossier · art bouddhique coréen
Fil directeur : montrer comment, malgré des politiques religieuses profondément différentes sous Koryŏ et Chosŏn, la production d’images et d’objets bouddhiques demeure portée par une même nécessité : donner forme à la prière, au salut et à la présence du sacré.
01 · Essentiel
Pourquoi voir cette exposition ?
L’intérêt majeur de cette exposition est de réunir, au Japon, un ensemble particulièrement dense d’œuvres bouddhiques coréennes conservées dans des musées, temples et sanctuaires japonais. Les quarante-huit numéros du catalogue couvrent peintures, sculptures, manuscrits enluminés, bronzes, céladons et objets en laque. Ce rassemblement rend visible à la fois la diversité matérielle de l’art bouddhique de la péninsule et l’importance du Japon dans la conservation de ce patrimoine.
Le parcours met en regard Koryŏ et Chosŏn sans les réduire à une opposition simpliste entre un royaume bouddhique et un royaume confucéen. Certes, la cour de Koryŏ soutient activement le bouddhisme tandis que l’État Chosŏn limite son influence institutionnelle. Pourtant, la commande d’images, la copie de sūtras et la production d’objets rituels continuent. La prière sert ainsi de fil conducteur pour comprendre la persistance d’une culture bouddhique au-delà des changements politiques.
楊柳観音像 — Avalokiteśvara au rameau de saule, Koryŏ, 1310, Kagami-jinja, Saga. La monumentalité et la richesse picturale de cette œuvre résument à elles seules l’ambition de la peinture bouddhique de cour de Koryŏ.
02 · Curatorial
Quelle est la proposition de l’exposition ?
Plutôt que de raconter une histoire uniquement dynastique, l’exposition met la croyance au centre : ce sont les usages religieux des œuvres, leur efficacité visuelle et la continuité des pratiques de dévotion qui permettent de relier Koryŏ et Chosŏn.
Comparer deux régimes religieux.Koryŏ et Chosŏn adoptent des politiques très différentes envers le bouddhisme, mais la production artistique ne disparaît pas avec le changement de dynastie.
Dépasser la seule peinture.Les peintures de Koryŏ sont spectaculaires, mais l’exposition les replace parmi sculptures, textes sacrés, bronzes rituels, céladons et laques.
Étudier la circulation.De nombreuses œuvres sont aujourd’hui conservées au Japon. Leur présence invite à penser transferts, dons, collections, temples et réseaux maritimes entre la péninsule et l’archipel.
Replacer l’objet dans la prière.L’image n’est pas seulement une composition à admirer : elle est un support de contemplation, d’intercession, de rituel et de salut.
03 · Visite
Parcours et scénographie
Installée dans deux salles de la galerie des échanges culturels, l’exposition fonctionne comme un dossier resserré plutôt que comme une grande rétrospective. La concentration du parcours favorise les rapprochements formels et matériels. La peinture occupe une place forte, mais elle est continuellement mise en tension avec les sculptures, les objets liturgiques et les textes sacrés.
地蔵菩薩遊戯坐像, Koryŏ, XIe siècle, bronze coulé et doré, Kyushu National Museum. La petite échelle de la sculpture contraste avec la monumentalité des grandes peintures.
Images du salut.Amitābha, Avalokiteśvara, Kṣitigarbha et les assemblées bouddhiques montrent les formes visuelles prises par l’espérance de salut dans la peinture coréenne médiévale.
Écritures et mérite.Les sūtras copiés ou imprimés, parfois à l’or, rappellent que la production du texte sacré constitue elle aussi une pratique dévotionnelle et méritoire.
Présences sculptées.Les bronzes de Koryŏ permettent d’observer une autre relation à l’image : plus tactile, volumétrique et directement inscrite dans l’espace rituel.
Objets pour le rite.Brûle-parfums, vases à eau, céladons et laques montrent que l’esthétique bouddhique se construit aussi dans l’environnement matériel du culte.
04 · Sélection
Œuvres et objets à retenir
楊柳観音像 — Avalokiteśvara au rameau de saule
1310 · Koryŏ · peinture sur soie · Kagami-jinja, Saga · Bien culturel important
Avec plus de quatre mètres de hauteur, cette peinture est l’un des monuments de la peinture bouddhique de Koryŏ. Le musée souligne qu’elle fut exécutée collectivement par plusieurs peintres de cour sur une immense pièce de soie. La sophistication des transparences, des bijoux et des motifs textiles associe splendeur matérielle et présence compatissante d’Avalokiteśvara.
地蔵菩薩遊戯坐像 — Kṣitigarbha en posture de délassement
XIe siècle · Koryŏ · bronze coulé et doré · Kyushu National Museum · hauteur totale 49,2 cm
Cette sculpture condense une autre qualité de l’art de Koryŏ : une présence calme, presque familière, obtenue par la posture détendue et l’expression douce. Sa petite taille invite à une relation rapprochée avec l’image, très différente de l’effet produit par les grandes peintures d’autel.
梵字宝相華草文銀象嵌香炉 — Brûle-parfum aux caractères sanskrits et rinceaux
XIVe siècle · Koryŏ · bronze avec incrustations d’argent · Nara National Museum
L’objet montre combien la virtuosité métallurgique peut participer au rituel. Les caractères sanskrits et les rinceaux floraux incrustés d’argent animent une surface sombre qui se transforme avec la lumière. Le brûle-parfum rappelle que l’expérience bouddhique engage aussi l’odeur, la matière, le geste et l’espace autour de l’image.
05 · Connaissances
Ce que l’exposition permet de comprendre
Koryŏ ne se réduit pas à la peinture.Les bronzes, céladons, manuscrits et laques montrent un système matériel complet au service du bouddhisme.
Chosŏn n’est pas un vide bouddhique.Malgré les politiques de restriction, peintures et objets continuent d’être produits aux XVe et XVIe siècles.
Le Japon est un lieu majeur de conservation.La dispersion actuelle des œuvres est une donnée essentielle pour écrire l’histoire de l’art bouddhique coréen et ses circulations.
La prière organise les formes.Monumentalité, répétition des Buddha, éclat de l’or, parfum de l’encens ou présence tactile du bronze participent tous d’une efficacité religieuse.
Intérêt pour l’histoire de l’art bouddhique
La force de l’exposition est de replacer les œuvres coréennes dans un espace est-asiatique concret. Elle permet de croiser histoire politique, histoire des collections, matérialité du culte et circulation transmaritime. Pour l’étude de Koryŏ et du début de Chosŏn, cette perspective est particulièrement féconde : elle montre que l’histoire des formes est inséparable de celle des usages et des déplacements.
06 · Documentation
Pour aller plus loin
Catalogue : 九州国立博物館, うるわしき祈りの美 : 高麗・朝鮮時代の仏教美術, Dazaifu, Kyushu National Museum, 2023, 128 p.
Liste des œuvres : quarante-huit numéros couvrant peintures, sculptures, sūtras, bronzes, céladons et laques, avec plusieurs rotations d’exposition.
À retenir : la réunion de plusieurs représentations d’Avalokiteśvara, de Kṣitigarbha et d’ensembles scripturaires permet d’étudier les variantes iconographiques aussi bien que les fonctions cultuelles.
07 · Conclusion
Bilan
Appréciation
Très recommandée pour comprendre Koryŏ et les continuités vers Chosŏn
うるわしき祈りの美 réussit à faire dialoguer chefs-d’œuvre célèbres et objets moins spectaculaires sans réduire l’art bouddhique coréen à une histoire de styles. Son apport majeur tient dans la mise en relation de la beauté, de la matérialité et de l’usage religieux. Le visiteur comprend que l’image bouddhique n’est jamais isolée : elle appartient à un environnement de textes, d’objets, de gestes et de circulations.