Chùa Phật Tích, également connu dans les sources historiques sous le nom de Vạn Phúc tự, est l’un des sites majeurs pour l’étude de l’art bouddhique de la dynastie Lý. Le lieu possède probablement une histoire religieuse antérieure, mais c’est sous Lý Thánh Tông qu’il prend l’ampleur d’un grand établissement royal. Les données épigraphiques et archéologiques rattachent un vaste chantier à 1057, quatrième année de l’ère Long Thụy Thái Bình.
Entre 1057 et 1066, le complexe royal fut développé autour d’une tour monumentale. Des briques portant l’inscription « Lý gia đệ tam đế, Long Thụy Thái Bình tứ niên tạo » fournissent un repère chronologique exceptionnel. La tradition rapporte que, lorsque la tour s’effondra, elle révéla une statue d’Amitābha en pierre verte monolithe autrefois dorée. Quelle que soit la part légendaire de ce récit, la statue conservée est bien une œuvre du XIe siècle et l’un des témoignages les plus importants de la sculpture Lý.
L’Amitābha de Phật Tích est taillé dans un seul bloc de pierre verte. La figure mesure environ 1,87 mètre et atteint près de 2,87 mètres avec son socle. Assis en méditation, les mains posées l’une sur l’autre, le Buddha présente un corps élancé, un visage serein et un drapé souple. Le socle, sculpté de lotus, dragons, nuages et motifs d’eau, participe pleinement à la composition.
Autour du sanctuaire, dix animaux de pierre — lions, éléphants, rhinocéros, buffles et chevaux, disposés par paires — appartiennent également au corpus majeur de la sculpture Lý. Avec les fragments architecturaux et sculpturaux mis au jour au XXe siècle, ils permettent de restituer une partie du programme symbolique et cérémoniel de l’ancien complexe.
L’art de Phật Tích témoigne aussi du caractère cosmopolite de la culture visuelle des Lý. Certains motifs, notamment les kinnari et des formes apparentées au makara, ont été rapprochés de traditions artistiques cham et plus largement sud-est asiatiques. La cour des Lý employait par ailleurs des populations déplacées ou captives, dont des Cham, dans certains projets royaux après les guerres contre Champa. Aucun document conservé ne permet toutefois d’affirmer que Phật Tích lui-même fut construit par des esclaves cham : il est plus rigoureux de parler d’échanges artistiques, de circulation des formes et d’un contexte politique dans lequel artisans et populations déplacées contribuèrent à la culture matérielle de Đại Việt.
Le monastère fut profondément reconstruit en 1686 sous les Lê Trung Hưng, puis restauré aux périodes suivantes. Les architectures anciennes ne sont cependant plus conservées : le complexe fut presque entièrement détruit pendant la guerre d’Indochine, avec de lourdes destructions dès 1947, et la reconstruction commença en 1959. Les bâtiments et la tour visibles aujourd’hui appartiennent donc au paysage reconstruit du monastère, et non au complexe royal du XIe siècle.
C’est précisément cette stratification qui rend Phật Tích essentiel. Sous une enveloppe architecturale largement moderne subsistent des sculptures du XIe siècle capables de documenter directement l’un des grands moments de l’art bouddhique de Đại Việt. L’Amitābha, les animaux de pierre et les vestiges archéologiques constituent un noyau exceptionnel autour duquel se sont superposées plusieurs reconstructions, des mémoires royales et les pratiques contemporaines de pèlerinage.
Repères
- Grand chantier royal: 1057, sous Lý Thánh Tông.
- Tour monumentale: séquence 1057–1066 ; l’édifice Lý a disparu.
- Œuvre majeure: Amitābha monolithe en pierre verte, XIe siècle.
- Ensemble sculptural: dix animaux de pierre Lý disposés par paires.
- État du site: architecture largement reconstruite à partir de 1959 après les destructions de guerre.
- Coordonnées: env. 21.09650° N, 106.02440° E.